Un moine prend d’assaut la forteresse de Monaco !

Ce qui s’est passé en cette folle nuit de l’an de grâce 1297 restera surement dans les annales, pour les siècles des siècles. Le château de Monaco, forteresse imprenable s’il en est, aux mains des Gibelins depuis sa construction en 1215, vient de tomber sous le joug de leur ennemi juré, les Guelfes et la famille Grimaldi.

Les turpitudes génoises jusqu’au pied du Rocher. 

Nul n’est sensé ignorer qu’à Gènes, deux clans se chamaillent depuis presque un siècle pour une sombre histoire de papoté et d’empereur. Les Guelfes donc, et les Gibelins, des lignages Spinola et Doria. Les derniers cités ont emporté, il y a tout juste 25 ans de cela, une suréminente bataille qui leur a permis de bannir de la cité génoise leurs rivaux. Les Grimaldi, dans leur fuite, ont trouvé refuge chez le Comte de Provence qui les installa à Vintimille, Menton et Roquebrune. Ils ont ainsi pu constater, en spectateurs attentifs et privilégiés, l’importance stratégique suprême, tant militaire que commerciale, de Monaco, de cette forteresse imprenable construite par leur ennemi, et de son port niché à l’abri au pied du Rocher. Et c’est pourquoi un certain François Grimaldi, l’un des nombreux descendants du fameux Grimaldo de Gênes, Guelfe de son état, s’est emparé par la ruse du castrum de Monaco hier, dans la soirée.

Une malice proche du génie

Pourtant, la population de pêcheurs de Monaco na rien vu, rien entendu. Ou si peu. Point de siège interminable, point de charge assourdissante, point de coups de bélier. Le plan que celui que tout le monde surnomme déjà « Malizia » aux abords du vallon des Gaumates, était élémentaire. Attifé en moine, il sollicita l’asile et le gite dans les murs du château pour une nuit. La tradition séculaire voulant que l’on ne puisse refuser à un homme d’Église telle demande, les soldats de faction sur place le laissèrent entrer. Ne s’étant pas méfié d’un simple gyrovague, ils furent surpris de le voir, à peine la porte passée, sortir un glaive de dessous sa robe de bure et c’est dans l’incompréhension la plus totale, et sans le moindre bruit, qu’ils allèrent ensuite rejoindre leurs ancêtres. Pendant ce temps-là, « Malizia » avait appelé ses troupiers, qui s’étaient dissimulés à la faveur de l’obscurité aux abords du Rocher. Une fois les huis ouverts, c’est sans difficulté, et quasiment sans lutte, que la petite escouade prit la citadelle.

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Un cheval, un débat et une obole.

Après une enquête de proximité, notre stagiaire scribe a retrouvé l’origine et la provenance de la fameuse coule ayant permis à « Malizia » de perpétrer son forfait. Elle appartenait au père Joseph, ecclésiastique œuvrant dans la chapelle située au fond du vallon des Gaumates. Selon ses propres dires, il aurait été intercepté, en fin d’après-midi, par François Grimaldi lui-même, qui l’aurait questionné à propos de la forteresse. Ils auraient eu « un débat théologique autour des légendes entourant la disparition de la grande cité de Troie ». Le bénédictin s’est même vanté de « lui avoir rabattu son caquet en lui expliquant la fourberie des Grecs, qui se sont servis d’un symbole religieux pour se faire inviter dans la place, et pouvoir ainsi ouvrir les portes à l’insu de tous ». Ce serait d’ailleurs, juste après ces mots, que François Grimaldi lui aurait échangé une accolade, et sa robe de bure contre « une obole aux pauvres, et une bouteille de liqueur de citron ».

Le début d’une nouvelle ère ?

C’est donc grâce à cette coule que « Malizia » s’est emparé de la bastide. Certains témoins contradictoires ont mentionné une histoire de Rascasse géante faite en bois dans laquelle plusieurs personnes pouvaient s’y dissimuler, mais le projet audacieux aurait été abandonné, l’objet était beaucoup trop lourd à charrier jusqu’à la grande herse du palais de Monaco. Il finira par être brulé juste au pied du Rocher, non loin de la mer.

Personne ne sait, à l’heure actuelle, quelle sera la réaction des anciens propriétaires devant de forfait fumant. Est-ce que le père Joseph sera puni pour avoir, à l’insu de son plein gré, aidé les Grimaldi dans leur entreprise malicieuse ? Ou à l’inverse, sera-t-il honoré par les nouveaux seigneurs de Monaco ? La population monégasque doit-elle s’attendre à une guerre de reconquête sur ses propres terres ? Nombreuses sont les questions, mais ce qui est certain, c’est que cet épisode marque le début d’une nouvelle ère pour les peuplades gravitant autour du Rocher.

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