Le pigeon du marché de la Condamine : « un magnifique lieu de vie ! »

Après avoir fait la connaissance du supporter n° 1 de l’AS Monaco FC, le fameux pigeon du Louis II, et échangé avec son voisin de la halle de la Condamine, le célèbre chien monégasque, notre stagiaire zoophage est parti à la rencontre du pigeon du marché, celui qui suscite bien des fantasmes et des craintes, et alimente nombre de discutions.

LA GÂCHETTE : Bonjour, cher monsieur Pigeon, pouvez-vous vous présenter auprès de nos fidèles et admirables lecteurs ?

LE PIGEON DU MARCHÉ DE LA CONDAMINE : Je m’appelle Jean-Claude, je suis un des derniers représentant de la famille des Columbidae sévissant au cœur de la Halle du marché de la Condamine. Il ne reste d’ailleurs plus que Jean-Jacques, Jean-Michel, et sa patte folle, le gros Roland, Kevin et donc moi-même, à gîter dans ce magnifique lieu de vie.

Justement, la vindicte populaire locale, notamment celle qui sévit sur les réseaux sociaux, se plaint régulièrement de la surpopulation et des nuisances liées aux pigeons au marché de la Condamine.

C’est une forfanterie ! Comment pouvons-nous importuner autant les gens alors que nous sommes si peu ? Vous m’expliquez ? Car moi, je ne comprends pas cet acharnement à l’encontre de nos petites personnes !

Et pourtant, les faits sont là. Nombreux sont les autochtones avisés à manger le nez en l’air afin d’éviter toute déjection intempestive de votre part.

De l’acharnement, je vous dis. Alors effectivement, il arrive de temps en temps que Jean-Jacques ait un oubli ou deux. Mais que voulez-vous, il est fort vieux pour un pigeon, et il yoyote pas mal du bulbe. Tous ces effluves fort agréables à l’heure du déjeuner, ça lui tiraille le transit, et parfois, il omet que cela ne se fait pas de déféquer sur notre garde-manger…

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Parce que vous considérez la Halle du marché comme votre garde-manger ?

Absolument pas ! Je vous l’ai dit, c’est un magnifique lieu de vie. De l’espace à foison, de la compagnie, d’ordinaire d’excellente facture, parfois un peu moins. Et aussi de la nourriture, des miettes un peu partout. Il n’y a souvent qu’à se servir une fois que les gens sont partis. Soca, pissaladière, restes de pain ou de pizza. La Halle du marché offre une variété et une qualité incomparable en Principauté.

Si c’est le lieu idoine pour vous en Principauté, qu’est-ce qui a donc fait fuir vos congénères ?

Déjà, toutes les mesures mises en place par les préposés à l’entretien de ce merveilleux édifice. L’ensemble des aérations et des vitres au niveau du toit ont été grillagées. Impossible de passer par là, même pour notre progéniture à l’état d’œuf. Cela forme une sorte de vase clos qui génère des crises de claustrophobie pour la majorité des pigeons et autres volatiles d’ailleurs. D’où leur départ en masse ces dernières années.

Pourtant, ce ne sont pas les seules voies d’accès pour entrer dans la Halle.

Effectivement, mais du coup, il ne nous reste plus que les portes pour rentrer et sortir, mais comme elles sont automatiques, si nous ne faisons pas attention, elles deviennent aussi dangereuses qu’une guillotine. Trop tôt, on s’explose sur la vitre. Trop tard, on se fait broyer par les deux pans. Puis écraser par les passants. Ma sœur est morte comme ça d’ailleurs, paix à son âme (il s’embrasse le bout de l’aile droite, avant de faire un salut en direction du ciel). Les conditions de vie ne sont pas simples, c’est certain. Pour sûr, les portes d’entrée du Carrefour Monaco sont nettement plus permissives que celles du marché. Ah oui, c’est sur… J’ai un cousin qui a demeure à l’année là bas. Et pourtant, personne ne dit rien. Alors qu’un pigeon au milieu du fabricant de sushis, pas sûr que ce soit au goût des préposés à l’hygiène.

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Vous êtes en train de nous dire que ce sont les conditions de vie qui vous ont fait fuir de la Halle du marché ?

Vous pensez que c’est drôle vous de voir débouler une machine de la mort qui lustre le sol tous les soirs tandis que nous essayons de dormir après avoir fait le tour des restes du Zinc et du Comptoir ? C’est un peu comme si les neuf Nazgûls étaient à notre recherche chaque nuit, éradiquant sans vergogne les quelques miettes que l’on pourrait se mettre sous la dent afin de mieux nous débusquer une fois affamés.

Vous avez donc déserté le marché à cause d’une laveuse ?

Qu’est ce que vous pensez ? Qu’un chasseur déguisé en Green Arrow est venu nous traquer un par un ? Que nenni. Pas plus qu’un fauconnier ou un vraiconnier comme la rumeur l’annonce avec insistance depuis plusieurs années. Et je ne vous parle pas de l’odeur parfois insoutenable que laissent les chiens au milieu de la Halle, et tantôt leur maîtres. Nous les pigeons nous sommes des animaux sensibles, vous savez. Sensibles, délicats, raffinés. Et en voie de disparition mon bon monsieur. Oui, le vrai pigeon monégasque est en voie de disparition.

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Monégasques ? Parce que vous aussi vous avez la nationalité ?

Ben oui, qu’est ce que vous croyez ? Les chiens se prétendent bien monégasques, pourquoi pas les pigeons ? Si des animaux crétins qui remuent la queue quand on les caresse et qui s’épanchent où bon leur semble peuvent prétendre au statut suprême dans cette partie du globe, pourquoi pas nous, les pigeons ? Je vous le demande.

Et que pensez-vous de cette information parue dans nos colonnes comme quoi l’État monégasque emploierait une catapulte à chien de dernière technologie pour chasser les pigeons du marché  ?

J’ai vraiment hâte de voir cela. Sincèrement. J’en rigole déjà quand Kevin va nous lancer un concours quant au premier d’entre nous qui arrivera à déféquer sur un chien alors qu’il sera en vol. Nous faisons déjà cela sur les chauves, tous les mercredis… Tout le monse à ses hobbies…

Un dernier mot à dire à nos lecteurs ?

Venez au marché ! C’est un endroit magnifique, où il fait bon vivre et manger. Et n’hésitez pas à laisser des miettes. Foi de Jean-Claude, nous vous en saurons fort gré.

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