Monaco Run : « on a pris la mer et les poissons ! »

Ce matin s’est tenu la 15e édition de la course de dix kilomètres du Monaco Run, en marge de la marche symbolique contre le Cancer du sein, la Pink Ribbon. Nous avons inscrit notre stagiaire afin de vous proposer un « Live tweet » exclusif au cœur de la compétition, kilomètre par kilomètre. Malheureusement, la météo nous a obligés à revoir nos plans : pas question de risquer la santé de notre Nokia 3210 à tweeter sous la flotte. Retour donc à la méthode ancestrale, le résumé a posteriori, au chaud, avec un grog.

Dimanche, 9 h du matin.

Je suis à peine arrivé sur la piste et je croise Pierre Van Klaveren, élu Primo ayant troqué sa cravate à carreau pour une combinaison un peu moins seyante de sportif baroudeur. Même topo avec notre confrère du Code Sport, qui a eu la merveilleuse idée de s’immerger au cœur de la course afin de mieux la relater dans ses pages toujours d’excellente facture. Il se demandait pourquoi il n’avait pas pensé à prendre son masque et ses palmes. Je le réconforte comme je peux en lui offrant mon poncho tout dégoulinant. Parce que le partage, c’est aussi l’ADN de la Gâchette.

Départ.

Paf, le coup de fusil (et non pas le coup de Grisou, n’en déplaise à la reine des elfes du Conseil national) de départ est lancé. Avec la pluie qui claque sur ma capuche et la musique dans les oreilles, je n’ai rien entendu. C’est quand je vois la foule partir au grand galop devant moi que je me décide à bouger. Ça commence bien.

Kilomètre 1

La première borne se trouve juste après décathlon. Les meilleurs coureurs ont déjà fait le tour du stade, et nous les croisons en plein effort, déjà dégoulinant de sueur, et de… enfin, on est déjà tous dégoulinant de toute façon. Je remarque que personne n’abandonne en cours de route. Il est probable que Kevin M., que nous avons interviewé il y a deux ans de cela, a poussé sa galopade un peu plus loin, comme promis…

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Kilomètre 2

Un kilomètre morne et insipide comme seuls les jongleurs du dimanche peuvent connaître. C’est plat, il ne se passe pas grand-chose, le peloton s’égraine petit à petit. Nous tournons en rond autour du stade, avant de revenir jusqu’à Carrefour.

Seul évènement marquant, je marche dans ma première flaque (ce ne sera pas la première), et ma chaussette gauche fait désormais squich squich à chaque appui.

Kilomètre 3

Le cortège déboule du tunnel juste avant le Stars n’bars, pour reprendre le boulevard Albert 1er, direction sainte Dévote. Au moment de passer la ligne de départ du Grand-Prix de Formule 1, je double plusieurs concurrents, dont un qui s’arrête, et abandonne.

 « J’en ai marre de ce temps. Je suis tellement lent que je me fais même dépasser par des lampadaires ! » éructe-t-il, comme pour se donner bonne conscience. Cela dit, avec mon k-way jaune fluo, il est fort probable que le lampadaire, c’était moi !

Kilomètre 4

On attaque la partie grimpante du circuit. Et malgré mon rythme de croisière plutôt intéressant, pour quelqu’un qui ferait mieux de courir avec des bottes en caoutchouc, cela s’entend, l’accumulation des buffets du mois de février commence à se faire sérieusement sentir. Dès que la pente s’élève, j’ai l’impression de galoper en traînant une caravane accrochée au fondement. Et que tous les dix mètres, ma famille de gitans invite un oncle, un cousin, ou une tantine à monter dans ladite caravane…

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Kilomètre 5

Le moment tant attendu : le ravitaillement ! Et là, surprise, ils nous donnent… de l’eau ! Fichtre, de l’eau ! Encore ! Quelle idée !

 « Vous n’auriez pas plutôt du thé, ou un chocolat chaud ? » je demande, des trémolos dans la voix. Je ne récolte que regards incrédules et visages impassibles. Tant pis, je prends ma bouteille, par solidarité…

Kilomètre 6

Dispute devant moi. Un trentenaire, arborant un t-shirt « Run Eco Team », rudoie un autre concurrent qui a l’outrecuidance de garder sa bouteille d’eau sur plus d’un kilomètre.

« Dépêche, il faut que je la jette » ordonne l’Eco Runner. « Quand j’aurai fini, bordel » répond le second, un peu énervé. Je double ce couple détonnant, espérant que cela ne dégénère pas trop par la suite.

Kilomètre 7

Une descente, la dernière de la course. Elle fait du bien, quoi que, avec cette chaussée glissante, on a vite fait de se retrouver le postérieur sur le goudron, l’estime de soi galopant au loin dans la brume. C’est donc prudemment que je prends le virage au niveau du Sea Lounge.

Kilomètre 8

Nous passons devant les plages du Larvotto, la pluie tombe dru, de plus en plus. Je croise même quelques girelles et autres rascasses frétillantes le long du trottoir jouxtant le Grimaldi Forum. C’est clair et définitif, nous sommes en train de prendre la mer et les poissons sur le coin de la truffe.

Kilomètre 9

A peine sortie du tunnel, à la vitesse d’une formule un sans moteur, nous manquons de nous faire écraser par un cachalot, chutant depuis les cieux. Pour sûr, il ne va pas rester beaucoup de flotte dans la Méditerranée ce soir, vu ce qui nous est tombé sur la truffe en une heure de temps.

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Kilomètre 10

Le dernier kilomètre est un calvaire. Pensez donc, je passe tour à tour devant tous les meilleurs lieux de bombance et d’agapes nocturnes que compte cette partie de la Principauté. Le Nautic, puis la Brasserie, puis le Jack, pour enfin contourner la Rascasse dans son sens ascendant. Tant d’endroits qui auraient pu m’offrir le gîte et le couvert en attendant que cet orage apocalyptique se tasse…

Arrivée

C’est avec une joie incommensurable que j’en termine, un peu plus d’une heure après avoir démarré cette course folle. Je m’arrête pour attraper ma médaille, en murmurant « attention je suis humide » à la bénévole qui a dû déjà entendre cette blague plus de 236 fois en 20 minutes. Puis, une fois au sec sous la tente gonflable, je me retourne vers la ligne d’arrivée, et me marre. On a pris la mer et les poissons, et tout ça pour quoi ? Une jolie breloque, une banane coupée, et cette incroyable sensation d’avoir terminé une des courses les plus dantesques de la saison.

Pour la petite histoire, à l’heure où nous bouclons ces lignes, la pluie a cessé, et le soleil est revenu sur la Principauté. Comme quoi, quand le karma ne veut pas…

 

 

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